lundi, avril 09, 2007

L'OPEP du gaz ? Pour quoi faire ?

Venezuela, Iran, Russie:OPEP du gaz et alliance militaire ?

Par Elisabeth Studer, 3 février 2007, Source : http://www.leblogfinance.com/2007/02/venezuela_iran_.html

Si l’Algérie a pu récemment affirmer qu'elle écartait l'idée de créer une "OPEP du gaz" en raison de "la spécificité et de la rigidité de ce marché", la Russie et l'Iran reviennent à la charge sur l’éventuelle création d'un cartel gazier.

Mais au delà de cette nouvelle organisation, c’est bien une véritable alliance (militaire ?) qui pourrait unir 3 pays dont deux sont ouvertement farouchement opposés à Bush : la Russie, le Venezuela et l’Iran. Poutine quant à lui pourrait bien se livrer désormais à une sorte de guerre froide avec les USA sur fond de pétrole, de nucléaire, d’aéronautique et de titane …

I – Poutine : intérêt d'une OPEP du gaz avec l'Iran

La création d'un "OPEP du gaz" avec l'Iran et d'autres producteurs de gaz est "une idée intéressante", a estimé jeudi le président russe Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse annuelle, commentant la proposition formulée ces jours-ci par les dirigeants iraniens. Selon lui, les gros producteurs et exportateurs de gaz tenteraient d'ores et déjà de coordonner leurs efforts sur les marchés des pays tiers.

La Russie réfléchira à la création d'une OPEP gazière, mais elle n'a pas l'intention de créer un cartel, a ainsi précisé jeudi Vladimir Poutine. Ce qui laisserait sous-entendre qu'elle est favorable à à la création d 'une telle organisation sans vouloir afficher ouvertement en être l'instigateur ?

D'après ses propos énoncés en grande partie pour calmer les craintes de l'UE, il serait judicieux de coordonner les actions des grands producteurs de gaz en vue d'atteindre l'objectif principal : l'approvisionnement inconditionnel et fiable des principaux consommateurs de ressources énergétiques. Laissez moi douter tout de même que cet objectif corresponde à l'ultime finalité de sa politique.

"A la première étape, nous sommes d'accord avec nos partenaires iraniens, ainsi qu'avec certains autres pays qui extraient de grandes quantités d'hydrocarbures et les livrent sur les marchés mondiaux. Nous faisons aujourd'hui un effort pour coordonner nos actions sur les marchés des pays tiers et nous envisageons de le faire à l'avenir également", a expliqué Vladimir Poutine.

II – Pas de pourparlers concrets selon la Russie

L’idée de créer un cartel des producteurs mondiaux de gaz à l’instar de l’OPEP n’est pas nouvelle, mais elle ne fait pas l’objet de pourparlers concrets, a fait savoir quant à lui mardi le Secrétaire du Conseil de sécurité russe Igor Ivanov. "En ce qui concerne un cartel gazier ou une autre organisation de coopération des Etats producteurs de gaz, effectivement, cette idée a été énoncée d’une manière générale", a-t-il déclaré en commentant la proposition à ce sujet faite par les Iraniens au cours de sa visite à Téhéran.

"Mais elle a été formulée non pas comme une proposition devant être examinée, mais comme une idée générale destinée à guider les Etats producteurs dans la recherche de formes de coopération permettant de satisfaire entièrement les intérêts des producteurs de gaz", a indiqué Igor Ivanov, en ajoutant que cette proposition avait été faite plus d’une fois.

"A mon avis, c’est logique", a dit Igor Ivanov, en rappelant qu’au cours de l’examen des questions relatives à la sécurité énergétique au sommet du G8 à Saint-Pétersbourg ses participants avaient souligné que cela impliquait la prise en considération des intérêts aussi bien des consommateurs que des producteurs de matières énergétiques. "D’après ce que je sais, aucuns pourparlers sur la création d’un cartel gazier ne sont en cours", a-t-il dit.

III - L’Iran fait les yeux doux à la Russie en vue de créer une OPEP du gaz

Le leader spirituel de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khamenei, a émis l’idée de créer conjointement avec la Russie une organisation de coopération gazière. "Nos pays pourraient, à des fins d’entraide, constituer une organisation de coopération gazière, similaire à l’OPEP", a déclaré l’ayatollah Khamenei au cours d’une rencontre avec le secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, Igor Ivanov, arrivé à Téhéran dans la nuit de samedi à dimanche.

Après avoir indiqué que la moitié des réserves mondiales de gaz se trouvaient en Iran et en Russie, l'ayatollah confirmait vouloir poursuivre et approfondir les coopérations avec la Russie, voire même, en créer au niveau politique. "Nos pays peuvent devenir des partenaires complémentaires dans les domaines de la politique, de l'économie ainsi que dans le règlement des problèmes régionaux et internationaux" soulignait le guide.

IV – Vers une alliance énergétique ET militaire ?

Au delà de la création d'un cartel gazier, Téhéran semble viser la formation d’une coalition antioccidentale. Moscou pourrait avoir reçu ainsi une proposition en vue de conclure une alliance militaro-énergétique avec l’Iran, lequel est ouvertement opposé aux Etats-Unis et à l'Occident tout entier, compte-tenu de son programme d'enrichissement de l'uranium ... tout en attirant néanmoins les convoitises de la quasi-totalité des groupes pétroliers internationaux.

Il ne s’agit pas de la première discussion à ce sujet. En juin dernier, au cours de sa rencontre avec Vladimir Poutine à Shanghai, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait discuté directement de la coopération "en matière de définition aussi bien du prix du gaz que des principaux itinéraires (de transport) dans l’intérêt de la stabilité globale".

Mais certains anlystes estiment toutefois que Moscou peut difficilement accepter la proposition de l’ayatollah Khamenei, cela signifiant en effet la rupture de son partenariat énergétique avec l’UE et une opposition ouverte aux politiques occidentales.

Mais la Russie n'a pas intéret à refuser trop promptement les avances de l'Iran, ceci pouvant être considéré comme un affront par Téhéran et une rupture du partenariat actuel entre les deux pays. Et puis - et peut-être surtout -Poutine a besoin de ces "amitiés particulières" pour faire pression dans le cadre des ses négociations avec l'UE.

V – Chavez en faveur d'une OPEP du gaz avec l'Iran ?

Non content d'avoir annoncé envisager de revendre à l'Iran les avions américains qui équipent son armée, désormais remplacés par de rutilants Sukhoi russes, Chavez s'est rendu en juillet dernier à Téhéran pour une visite officielle. Il est plus que probable que leurs entrevues aient concerné également une éventuelle création d'un nouveau cartel du gaz de même type que l'OPEP, auquel Algérie et Bolivie notamment, pourraient éventuellemnt emboîter le pas.

En effet, la Bolivie a récemment évoqué la possibilité qu'elle rejoigne l'OPEP, tandis que Algérie et Russie ont d'ores et déjà tissés des liens très serrés dans le domaine, même si compte-tenu des récentes modifications de la loi algérienne sur les hydrocarbures, le temps n'est pas au beau fixe entre les deux pays, Poutine étant très certainement insatisfait de la nouvelle part de gâteau qui pourrait lui revenir.

VI – Le Venezuela s'arme en Russie au grand dam des USA

L'administration américaine a annoncé mercredi son intention d'étudier de très près les projets du Venezuela d'acheter en Russie un lot de systèmes d'armes sol-air Tor-M1. "Nous allons étudier cette transaction pour en connaître les détails", a indiqué à Washington le porte-parole du département d'Etat américain, Sean McCormack. M. McCormack a rappelé que l'administration Bush avait déjà soulevé la question de la "militarisation excessive du Venezuela qui va au-delà de ses besoins".

Pour rappel, Tor-M1 est un système d'armes sol-air modernisé de cinquième génération capable de neutraliser les avions, les hélicoptères de tous types ainsi que les missiles de croisière et les drones, et d'abattre plus efficacement les missiles de haute précision. Les batteries bénéficient d'une zone d'impact élargie, alors que l'altitude d'impact a été relevée de 6 à 10 km. En outre, le système antibrouillage a été nettement amélioré.

La Russie compte participer activement à la modernisation des forces armées vénézuéliennes, avait déclaré en décembre le représentant régional de l'exportateur officiel d'armement russe Rosoboronexport, Sergueï Ladyguine. "La Russie participera d'ici 2013 à une modernisation sérieuse des forces armées vénézuéliennes. La réélection de Hugo Chavez à la présidence ouvre pour nous de grands horizons", avai-t-il indiqué.

"Notre coopération au niveau des armées de terre et des armées de l'air n'est qu'un début. Nous avons de bonnes perspectives quant à la modernisation de l'aviation de transport, de la DCA, de la lutte radio-électronique, mais aussi de la marine, qu'il s'agisse des sous-marins ou des navires de surface", a souligné l'interlocuteur de l'agence.

VII - Venezuela-Iran: la coopération militaire et technique décolle

"Le Venezuela et l’Iran s’entretiennent sur la conclusion d’un accord de coopération militaire et technique. [...] Il s’agit notamment de la fabrication conjointe d’avions sans pilote ainsi que de la modernisation de chasseurs américains F5", a déclaré cette semaine le ministre vénézuélien de la Défense Raul Baduel.

"Personne n’ignore que le Venezuela possède une quantité importante de chasseurs américains F-5 mis hors d’exploitation en raison de l’embargo américain portant sur les pièces détachées. Cependant nous pouvons utiliser le fuselage comme une base pour rééquiper et moderniser ces avions grâce à de nouvelles technologies dont disposent les Etats amis", a estimé le ministre, sans toutefois nommer ces pays. Le Venezuela veut utiliser des avions sans pilote pour protéger ses frontières terrestres et maritimes, a annoncé en outre Raul Baduel.